Pourquoi j’ai choisi d’aller plus loin que le “grand débutant” en aquarelle
Pendant longtemps, j’ai enseigné l’aquarelle en m’adressant à celles et ceux qui démarraient. Apprendre à apprivoiser son matériel, comprendre les bases, oser poser ses premières couleurs avec des motifs simples. C’est une étape essentielle, et profondément joyeuse.
Mais aujourd’hui, j’ai fait un choix. Un choix à la fois risqué, nécessaire et, je crois, profondément fidèle à ce que l’aquarelle peut offrir de plus riche.
L’aquarelle ne stagne pas… ce sont parfois les parcours qui s’arrêtent
En France, l’aquarelle a connu un formidable essort depuis les années 2000, notamment avec l’émergence « l’école du cycle de l’eau » et d’artistes qui tiraient pas mal de revenus de leurs stages. Avec une approche plus libre, expressive, sensible au comportement de l’eau et du papier, plus que l’approche « étude » avant un tableau à l’huile classique, tirant vraiment parti du medium.
Puis il y a eu le COVID et les réseaux sociaux. Ils ont permis à de nombreux passionnés de se lancer, de pratiquer, puis parfois d’enseigner à leur tour. C’est une grande richesse. Une occasion de partage mondial inouïe. Mais aussi, aujourd’hui, un point de tension en ce qui me concerne par rapport à une pratique de l’aquarelle qui me semble parfois « confinée », formatée.
L’offre de cours pour grands débutants est devenue immense. Accessible, rassurante, souvent très bienveillante. En revanche, les espaces pour aller plus loin se font plus rares.
Or, c’est précisément là que la liberté d’expression arrive.
Aller plus loin, ce n’est pas devenir élitiste
Progresser en aquarelle ne signifie pas peindre “plus compliqué”. Cela signifie autre chose :
- accepter l’incertitude
- comprendre ce que l’on fait pour mieux l’oublier
- passer du contrôle à l’intention
- transformer les bases techniques en réflexes vivants
- traiter des sujets plus complexes, parfois moins « enfantins »
Tant que l’on reste dans une pratique très guidée, très sécurisée, les bases ne s’intègrent pas vraiment. Elles restent des connaissances, pas encore des savoirs incarnés. Un loisir qui parfois ne rassasie pas.
C’est en allant plus loin que les débutants deviennent autonomes. Et c’est là que la peinture commence réellement à parler.
Un choix risqué, mais nécessaire
Oui, ce positionnement est plus risqué. Il parle à moins de monde. J’ai donc moins de « clients potentiels » pour parler franchement. Il demande plus d’engagement, plus de temps, plus de remise en question de ma part.
Mais rester uniquement sur le terrain du grand débutant, c’est aussi prendre le risque inverse : celui de la stagnation. Une pratique qui tourne en rond. Une aquarelle qui se répète, se rassure, s’auto-alimente sans se renouveler.
Je crois profondément que, pour que l’aquarelle continue à se développer, il faut des passeurs. Des enseignants capables d’accompagner l’après. Le moment où l’on sait un peu faire, mais où l’on ne sait plus très bien quoi chercher pour progresser.
Les réseaux sociaux : un outil, pas un niveau artistique
Les réseaux ont joué et jouent encore un rôle essentiel dans la diffusion de l’aquarelle. Ils donnent envie, montrent, décloisonnent. J’en vis, enfin à peu près, en tout cas je leur dois beaucoup.
Mais ils favorisent aussi des formats courts, immédiats, parfois simplificateurs. Ce n’est pas un problème en soi, tant que cela n’impose pas une norme artistique ou pédagogique.
Mon travail aujourd’hui est justement là : créer des espaces où l’on peut prendre le temps de produire en rêvant à des images puissantes. Où l’aquarelle redevient un langage qui peut entrer en résonnance avec une personnalité pour créer un style.
Une responsabilité joyeuse
Je n’enseigne pas que pour faire “monter de niveau”.
J’enseigne pour transmettre une liberté. Une envie de créer d’autres choses. De trouver son style et de venir pourquoi pas enrichir le monde de l’art de perspectives nouvelles.
Si l’aquarelle s’était renforcée en France ces dernières décennies, c’est parce que certains artistes et pédagogues ont osé aller plus loin et tendre la main derrière eux.
À mon tour, aujourd’hui, c’est ce que je choisis de faire.


